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Comité de jumelage

Saint-Cyprien

 

Le centre-ville de Saint-Cyprien Le jumelage de Mackenheim avec Saint-Cyprien dans le Périgord Noir date de 1993 mais les premiers contacts entre les deux communes ont eu lieu en 1989. Ce jumelage est lié à un épisode particulièrement douloureux de l’histoire de notre commune : l’exode de la population en septembre 1939 vers le Périgord. Durant un an, tous les habitants de Mackenheim résidèrent à Saint-Cyprien.
Le centre-ville de Saint-Cyprien

 

Par le jumelage, Mackenheim et Saint-Cyprien ont voulu consolider et développer les liens historiques qui se sont noués en 39. Il  permet de préserver, au travers d’échanges réguliers, des liens de solidarité et d’amitié. Pour ce faire, les comités de jumelage de Mackenheim et de Saint-Cyprien organisent des rencontres tous les deux ans. En mai 2007, ce sont les Mackenheimois qui ont rendu visite à leurs amis cypriotes ; ceux-ci sont attendus à Mackenheim en 2009. Leur séjour en Alsace sera l’occasion de commémorer le 70ème anniversaire de l’évacuation des habitants de Mackenheim vers la Dordogne. place de mackenheim à saint-cyprien
Inauguration de la Place de Mackenheim à Saint-Cyprien

Contact avec le responsable du comité :

Maurice GERGES, Président
35, route du Rhin - 67390 Mackenheim
Tél : 03 88 92 55 26 -  09 64 06 90 83
Site de l’office de tourisme de Saint-Cyprien

jumelage photo_de_famille__saint_cyprien_2007
Mackenheimois et Cypriotes réunis place Jean Ladignac
et en visite chez un trufficulteur en mai 2007


Evocation de l'exode des habitants de Mackenheim vers Saint-Cyprien en septembre1939

Les préparatifs

En août 1938, les maires des commues proches de la frontière sont chargés par le préfet d'organiser la « défense aérienne passive » qui prévoit l'achat de matériel de protection, essentiellement des masques à gaz, mais aussi le recensement des caves pouvant servir d'abri à la population. A Mackenheim, elles sont au nombre de 15.

Par ailleurs, dès le mois d'avril 39, les maires de la zone I dont Mackenheim fait partie, reçoivent des instructions officielles frappées du sceau « rigoureusement secret » ; elles définissent pour les communes « susceptibles en cas de conflit d'être placées sous le feu des premières rencontres », les modalités pratiques d'une possible évacuation vers des régions moins exposées.

Une autre circulaire du 1er avril 39 précise qu' « Elsenheim sera le point de première destination » et qu' « après le départ de la population, une équipe d'entretien et de sauvegarde restera sur place ». Elle indique par ailleurs que chaque évacué emportera avec lui un « bagage à main qui ne devra en principe pas excéder 30 kg » et contenir :


Un autre document issu des archives municipales et daté du 23 août 39, rend compte des préparatifs effectués par le maire Virgile Schwoehrer, pour faciliter l'évacuation. Dans un premier temps, il fait recenser la population susceptible d'être évacuée ; c'est ainsi qu'on sait que 528 personnes sont concernées par ce départ, soit


 Il effectue également le recensement des moyens de transport pouvant être réquisitionnés, soit

Pourquoi la Dordogne ?

Quelques hypothèses :

On a dit que le Directeur Général des Services d'Alsace-Lorraine, Paul VALOT, originaire de Périgueux, avait déclaré au Président du Conseil que la Dordogne était mieux placée que n'importe quel département pour abriter un grand nombre d'évacués, parce qu'on y comptait des masses d'immeubles vides...

L'historien et universitaire alsacien, J-Laurent Vonau, disait, dans une conférence qu'il donna à Mackenheim en 2009, que d'autres destinations avaient été étudiées par le gouvernement. En premier lieu la Normandie ; mais en raison d'une possible proximité de cette région du front, cette option fut abandonnée. La Bretagne a également été envisagée comme province d'accueil.

En fait, il semblerait que le choix de la Dordogne pourrait être motivé par des arguments de politique intérieure, à savoir que dans une France ancrée à Gauche (la France du Front populaire), une trop forte concentration de populations traditionnellement à droite, à l'instar de la Bretagne, pouvait générer des problèmes pour le gouvernement.

On sait aujourd'hui que dès 1938, la Dordogne avait été choisie pour accueillir les Alsaciens. Pour preuve : la visite à Périgueux de l'adjoint au maire de Strasbourg, Marcel-Edmond Naegelen, en septembre 1938, pour étudier les conditions de transfert des services municipaux de la ville.

Le 1er septembre 1939, l'état-major français ordonne, pour des raisons de sécurité, l'évacuation entre le Rhin et la ligne Maginot de près de 374 000 personnes réparties sur 181 communes. Avec la seconde vague de mai-juin 1940, c'est plus du tiers de la population alsacienne qui est touché.

Les réfugiés d'Alsace sont évacués vers différents régions d'accueil ;

Ribeauvillé : première étape

C'est dans la nuit que le cortège arrive à Ribeauvillé. Les gens sont hébergés dans différents lieux, certains chez des particuliers, d'autres à la mairie ou au Couvent des sœurs de la Divine Providence, d'autres encore à l'Hôtel du Mouton. Quant aux attelages, on les regroupe dans le « Herragarde », appelé aujourd'hui « le jardin de Ville », à l'entrée de Ribeauvillé.

Du vendredi soir 1er septembre jusqu'au mercredi suivant, les gens restent à Ribeauvillé. Seuls les hommes quittent parfois le bourg pour chercher du fourrage à Guémar.

Un jour, on leur demanda d'aller en forêt couper des perches devant servir de frein aux charrettes car il était question de poursuivre la route en direction des Vosges. En effet, les directives prévoyaient qu'après 48 h passées au Centre de Recueil, les évacués seraient affectés à la commune de Granges de Plombières dans les Vosges. Le convoi est reconstitué et prend la direction de Kaysersberg. Mais arrivé à Sigolsheim, l'ordre est donné de rebrousser chemin.

C'est le mercredi 6 septembre qu'a lieu le départ pour la Dordogne, en gare de Ribeauvillé. Restait à regrouper les chevaux pour les acheminer par routes et chemins vers la Haute-Saône, à Jussey. Ce « Rosstransport » se fit après le départ du convoi sous la conduite d'hommes volontaires et d'expérience. Ce ne fut pas une tâche facile pour eux que de mener tous ces chevaux devenus nerveux à bon port ! Cette équipe de convoyeurs rejoignit Saint-Cyprien fin octobre.

Le voyage

Le convoi est exclusivement composé de wagons à marchandises qui arborent l'inscription bien connue " Hommes 40, chevaux 8 (en long) ".

20 à 25 personnes s'y retrouvent, n'ayant pour siège ou couchette que leur maigre bagage. Les conditions de vie sont des plus déplorables. Durant les deux jours et deux nuits que dure le voyage, jamais le train ne s'arrête dans une gare, mais toujours en rase campagne et pour des arrêts toujours trop courts. De fait, cette opération est frappée du sceau « secret défense » ; on va même jusqu'à cacher les panneaux des gares traversées par le convoi.

Parfois la Croix-Rouge est là pour assurer le ravitaillement et donner des soins aux personnes malades. Ce déracinement brutal a profondément affecté le moral des personnes âgées. Certaines sont victimes de troubles psychiques et déraisonnent. Chose compréhensible si l'on songe que les aînés du village n'avaient quasiment jamais quitté leur foyer. Durant le voyage, ces personnes en grande souffrance morale rejoignent parfois le wagon de Sœur Rogéla, la sœur garde-malade qui tentait de les rassurer et les aider du mieux qu'elle pouvait.

Dans la promiscuité de ces wagons où rien n'était prévu pour assurer un minimum d'hygiène de vie, on se débrouille avec les moyens du bord ; certains installent des coins d'aisance en faisant un trou dans le plancher ou en plaçant un seau derrière une tenture.

« Mackenheim à Saint-Cyprien »

Petit à petit, les Alsaciens retrouvent les repères de leur vie sociale. L'instituteur M. Groshenny accueille les garçons dans l'arrière-salle d'un restaurant dont le propriétaire avait un âne toujours attaché à proximité de la salle de classe... Sœur Euphémia enseigne au domicile de Mademoiselle de Carbonnier de Massac, au centre du bourg, Mademoiselle Schneider rouvre sa classe maternelle et Sœur Rogéla accueille à nouveau ses « patients » en la demeure de la famille de Baumont.

Monsieur le curé Antz, qui avait accompagné la population sur la route de l'exode, célèbre une messe tous les jours de la semaine. Le dimanche après la grand'messe, les uns vont au marché, les autres prennent volontiers leur quart sur la place des Centenaires, rebaptisée par les alsaciens « s'lejerplatzle » (la place des menteurs) car tout ce qui s'y disait n'était pas forcement digne de foi...

Une vie de rentiers ?

Ce qui pouvait sans doute choquer les Périgourdins, c'est le fait que les Alsaciens pouvaient vivre une vie de rentier puisqu'ils touchaient des indemnités mensuelles sans travailler. Mais rappelons que de nombreux pères de famille et jeunes gens trouvèrent un emploi chez des paysans ou des maraîchers, à la gravière ou à la cimenterie. D'autres furent requis pour travailler à la Poudrerie de Bergerac. Quant aux femmes, certaines tricotaient le soir, chandails et chaussettes pour l'armée, d'autres énoisaient des sacs de noix, d'autres encore avaient trouvé une place de servante auprès de médecins, notables ou châtelains de la région

Le dimanche, on allait parfois se promener le long de la Dordogne ou à vélo jusqu'aux grottes des Eysies. La seule grande excursion que firent de nombreuses personnes durant leur séjour à Saint-Cyprien, c'est celle du pèlerinage à Lourdes. Elles s'y rendaient en train ou par la route, dans la voiture de M. Schmitt Virgile, un réfugié de Schoenau.

Vers le mois d'août 40, la rumeur court que le retour au pays est imminent. Mais il faut attendre la fin septembre avant de prendre, à 3 h du matin, le départ pour l'Alsace, de la même manière qu'à l'aller : tous entassés dans des wagons à marchandises.

Tristesse et désolation

Le convoi franchit la ligne de démarcation à Beaune. Et c'est avec une grande appréhension que les Alsaciens passent cette nouvelle frontière où les autorités allemandes vérifient l'identité de chacun. Connaissant le sort que les Allemands réservent aux personnes juives, celles de Mackenheim étaient restées en zone libre, tout comme le drapeau des Anciens Combattants qu'une famille périgourdine cacha durant la guerre pour le renvoyer en Alsace en 1945.

Le voyage retour dure également deux jours et deux nuits. C'est en gare de Sélestat que s'arrête le convoi sous la banderole « Deine deutsche Heimat grüsst dich ». Comme la plupart des villages du secteur, Mackenheim a souffert des combats qui se sont déroulés durant le mois de juin 40. Au total, 35 maisons ou dépendances subirent des dommages de guerre.